Elle se sentait si ridicule, là, assise à fixer ce mur. Le même que chaque soir, avec les mêmes posters, image brillante de ce qu'elle ne serait jamais. Bouillie de rêve exposée en vrac, rappel douloureux de ses envies insatisfaites. Elle contemplait cet amas de désillusions d'un regard vide perdu dans de larges cernes bleutées.
Le malaise d'être là, inutile et stupide, grandissait en elle avec le sentiment que chaque seconde de plus passées ici ruinaient sa vie.
Sa vie.
C'était quoi après tout ? Minutes interminables formant péniblement des heures et coulant ainsi à l'infini... Elle se levait à l'heure dictée, avec l'impression vague de s'être laissée avoir, encore et toujours. Elle mettait un pied devant l'autre sans trop savoir pourquoi. Parce que c'était comme ça.
Elle allait au lycée avec l'envie d'être ailleurs, entendait sans écouter la vie grouillante autour d'elle. Ils semblaient tous si étrangers parfois... Chaque son, chaque détail paraissaient d'un autre monde. Elle voyait leurs lèvres bouger sans comprendre, comme si tout était ralenti. Et l'envie de courir, loin, toujours plus loin lui tenaillait le ventre.
Mais où aller de toute façon ?
Alors elle souriait pour retenir toutes les questions qui tambourinaient contre ses dents. Pour cacher son coeur si vibrant de l'envie de vivre et d'être libre. Elle se savait ridicule.
Mais pourquoi ? Pourquoi était-elle encore là ? Pourquoi devait-elle obéir à lui plus qu'à un autre ? Pour qui apprenait-elle ses lignes tracées par conformisme sur une feuille aux lignes bien trop droites ?
Certainement pas pour elle.
Qu'en avait elle à faire de tout ça ? Rien. Rien !
Elle voulait autre chose. Des chemins inconnus, de la musique, des rencontres, de l'amour et tout les grands mots qui lui passaient par la tête. Ca sonnait vide, ça sonnait creux, mais ça résonnait tout de même. Des petits ronds dans l'eau au départ, puis des vagues violentes.
Elle devait partir.